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* Café philo

La peur du désir

Par REMY ROMAIN, publié le mardi 2 décembre 2014 15:16 - Mis à jour le mercredi 23 septembre 2015 00:08

      La peur du désir

 

   Le désir par sa polymorphie et son caractère indéfinissable a toujours suscité un trouble, non seulement pour le sujet désirant mais également pour les catégories de la pensées. Le désir suppose une tension permanente, l'Unruhe dont parle Leibniz, c'est à dire ce balancement entre la promesse de la satisfaction et la remémoration des plaisirs passés. 

Il semble donc difficile de trouver de l'équilibre ou de la certitude dans le désir. Est-ce une raison suffisante pour rendre compte de la crainte qu'il suscite?

 

S'agit-il de dire que le désir est mal connu parce qu'il déborde les limites étroites posées par la civilisation?

 Nietzsche, dans les Fragments Posthumes XI,  déclare que "derrière chaque 

pensée gît un affect", c'est à dire que la pensée rationnelle, le jugement, la décision ne sont que les traductions plus ou moins directes d'un désir.


Vouloir nier eros, ce serait vouloir aller contre notre nature, contre la logique de notre être. Cependant si le désir est méconnu, comment parler avec pertinence de ce qui fait l'objet d'une connaissance vague?

D'autant plus que le désir se présente comme une multitude de fragments dissemblables, comment en faire l'éloge ou au contraire le procès de façon objective?

Ce qui apparaît avec évidence, c'est la crainte suscitée par la force des désirs, devant cette possibilité de sortir de soi ou de ne plus vraiment s'appartenir. C'est la définition même de l'émotion qui apparaît ici, le désir développe ce qui 

est contenu en nous, au point de modifier notre nature. Car si l'on redoute ses propres désirs, le fond même de ses pulsions, n'est-ce pas précisément parce que l'on craint le désordre interne de la vie inconsciente? Nous craignons de nous laisser déborder par une partie noire et irrationnelle.

 Pascal Quignard explique qu'à partir de l'époque romaine la joie du désir et du plaisir basculent sur le versant de la mélancolie, d'une culpabilité de vivre, une renonciation à la partie la moins intellectuelle et la plus animale en nous. C'est l'apparition d'une conscience morale, vouloir domestiquer et réprimer ce qui excède notre volonté.

Il s'agit de l'apparition de la mauvaise conscience, le désir est alors marqué du sceau du remords et du doute.

Désirer c'est donner à l'autre un motif de réprobation et de reproche, on est coupable d'être innocent, la

suspicion se généralise , la honte commence à accompagner l'effectuation des désirs.

On recouvre ce qui pourrait remonter à la surface et nous rendre indignes de notre humanité. Questionner la

peur du désir c'est interroger la morale et le dressage social qui conduisent à la normalisation des désirs.

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